Elle savait qu’elle avait les yeux de son père dans la colère, tous ses fulminants éclairs, ses tonitruants tonnerres ; elle savait que face à la douloureuse humiliation elle voyait s’abattre devant ses yeux la cape rouge du torero, aussi rouge que le sang qu’elle voulait faire couler, un sang chaud et impétueux, le sang de la vie. Elle savait qu’elle était capable de s’emporter jusqu’à l’enfer. Le mot honneur était trop ancré en elle, c’était le mot de ses ancêtres, de sa race, de sa famille, de son clan, de son unité ; elle était du Sud, de l’Italie mais du Sud, elle était calabraise et ne s’en rendait jamais aussi compte que face à ses rages. Rien ne devait justifier, rien ne devait excuser mais elle ne savait faire autrement que répondre à sa logique, à son tempérament comme le taureau qui ne peut faire autrement que de répondre à son instinct, même si celui-ci le conduit irrémédiablement vers l’issue fatale. Bien souvent son orgueil échaudé avait anesthésié la douleur d’un échec et si elle en était là, dans le bien comme dans le mal c’était grâce et à cause de lui…